Kassaman binnazilat ilmahiqat..." le plus noir des crimes est celui qui consiste à obscurcir la conscience politique et d’égarer tout un peuple" d'Emile ZOLA

Kassaman binnazilat ilmahiqat..." le plus noir des crimes est celui qui consiste à obscurcir la conscience politique et d’égarer tout un peuple" d'Emile ZOLA

Le nom de ce blog est sans doute évocateur de notre "nachid el watani" tant décrié par le passé parce que, associé au pouvoir Algérien illégitime. Après des décennies de disettes. Je voudrais faire de cet espace, un coin où tous mes compatriotes et autres amoureux de libertés, de démocratie, ou tout simplement d'histoire pourraient s'exprimer librement. En ce sens, nous vous souhaitons la bienvenue. En hommage à Nacer Hachiche, repose en paix et à bientôt ! Pour garder le contact avec notre chère patrie : http://www.alger-presse.com/index.php/presse-fr


50 ans de régimes politiques algériens part 2

Publié par The Algerian Speaker sur 3 Avril 2011, 16:04pm

Catégories : #BOULITIK

3- L’Algerie de Chadli Bendjedid

Chadli Bendjedid fut désigné à la succession de Boumediène, son intronisation est due à la direction de l’armée et du FLN comme candidat unique à la présidence de la République. Une résolution organique du FLN du 14 mai 1980 conféra à Chadli les pleins pouvoirs afin de restructurer celui-ci. De plus, la nomination du gouvernement dépendait exclusivement de lui. Enfin, il renforça son autorité sur l’armée – dont il a été le ministre – par la reconstitution de l’état-major, ainsi que sur le FLN par la réduction du BP à sept membres au lieu de dix-sept. Les changements opérés au niveau du gouvernement et du BP du FLN ont préfiguré la mainmise de Chadli sur le pouvoir qui a écarté peu à peu ses adversaires réels (Yahiaoui et Bouteflika) ou potentiels (Abdelghani et Abdesselam). De même, peu à peu, les membres du Conseil de la révolution (MM. Draïa, Bencherif, Tayebi Larbi) vont cesser d’occuper des postes ministériels et ne plus siéger au sein du BP du FLN.

   

La confusion des pouvoirs était alors à son comble, Chadli ayant été président de la République, secrétaire général du FLN et ministre de la Défense nationale où il plaça ses hommes aux postes de directeurs centraux. Ce dispositif fut complété par l’affectation de ses partisans aux postes importants de l’ANP (notamment à la tête des régions militaires) et la mise à la retraite de certains officiers jugés sans doute gênants, le rattachement de la sécurité militaire à la présidence et le remplacement au gouvernement des «politiques» par des technocrates lors de différents remaniements ministériels. Un véritable Etat d’exception.

Pour «Jeune Afrique», il apparaissait comme un apparatchik, «méditerranéen conservateur et ouvert à la fois, non dénué de tendresse pour les jouissances terrestres» (1). Pour «Algérie actualité», Chadli se caractérise par «sa célèbre irrésolution» («c’est la faute à…»). En outre, pour le même journal, «Chef de l’Etat, Bendjedid ne fit jamais l’effort d’apprendre les vrais dossiers du pays, de solliciter l’avis des grands spécialistes qui pouvaient l’éclairer. L’exemple tragiquement illustrateur de son incompétence est son approche superficielle du phénomène intégriste». Le même journal ajoute que «Les drames que connaîtra l’Algérie pendant les trois années qui suivront octobre 88 naîtront du refus obstiné de Chadli Bendjedid de partir» (2). Il finit par partir dans les conditions que l’on connaît. En tout état de cause, le régime de celui-ci va graduellement procéder à une certaine critique des réalisations de son prédécesseur, tout en proclamant dans ses discours la continuité et «le changement dans la continuité».

Ainsi, d’abord, il va promouvoir quelques mesures qui vont frapper l’imagination des Algériens, à savoir : la suppression de l’autorisation de sortie du territoire national, la libération du président Ben Bella et l’invitation aux exilés politiques de rentrer. Parallèlement, il n’aura de cesse d’évacuer de la scène ses adversaires politiques en leur fabriquant au besoin un procès et de modeler le personnel civil et militaire de l’Etat afin d’accéder à une clientèle à sa dévotion lui permettant de mettre en pratique son projet de libéralisme «spécifique». Aussi, après avoir caractérisé la situation comme présentant de «grandes réalisations», mais de «profonds déséquilibres» également, il va procéder au démantèlement de la politique antérieure, aidée en cela par son équipe dont la langue de bois ne fut pas le dernier des défauts.

Langue de bois et slogans

Il n’empêche que la langue de bois continua d’être à l’ordre du jour au sein de l’élite; ainsi, M. Brahimi, alors ministre de la Planification et de l’Aménagement du territoire, eut à déclarer à propos du premier plan quinquennal, qu’ « Il constitue un élément stratégique dans le processus engagé pour le renforcement de l’indépendance nationale et la lutte du peuple algérien pour la construction du socialisme» (3). En réalité, la stratégie de développement «industrialiste» algérienne offrait déjà à l’analyse ses contradictions et partant, les difficultés futures de gestion de celles-ci par la société politique. Ainsi, en est-il de l’appel inconsidéré aux firmes étrangères qui s’est traduit par une dépendance technologique, un fort endettement allant crescendo et l’accentuation des différenciations socio-économiques, avec en prime une disparité ville campagne à l’origine sans doute de l’exode rural massif et de l’apparition (semble-t-il) de 6.000 milliardaires.

Sous Chadli Bendjedid, les slogans furent : «Vers une vie meilleure» d’abord, «Le travail et la rigueur» ensuite et «Le compter sur soi» enfin, avec en prime l’opération de «dégourbisation» de l’habitat précaire. Ce qu’il a été convenu d’appeler «l’après-pétrole» a commencé alors pour voir l’Algérie se doter d’un programme où figurent les nouvelles énergies : solaire, éolienne, géothermique et pourquoi pas nucléaire; en somme, développer toutes les ressources alternatives. Par ailleurs, le pouvoir à l’ère de Chadli commença à songer à un nouveau code pétrolier en sorte que les compagnies pétrolières à réputation internationale puissent intervenir comme partenaires économiques. En effet, «réalisme» et «pragmatisme» devinrent les maître-mots depuis la baisse des recettes pétrolières, les difficultés d’écoulement du gaz et face à la croissance démographique; d’où l’idée du régime de la «fin du gigantisme industriel» et l’utilisation d’un secteur privé efficace, avec comme corollaire le langage de la production et de la productivité comme nouveau credo économique.

A l’occasion de l’opération d’enrichissement de la charte nationale, Chadli Bendjedid a pu dire que : «Notre vision au plan économique, culturel et social doit aller de pair avec la nouvelle étape, ses données et ses perspectives… La révolution qui se fige au nom des principes est une révolution vouée à l’échec et à la déviation» (4), ajoutant qu’il faut éviter «le repli sur soi, le marasme, la sclérose et le dogmatisme étouffant». Mais déjà, l’austérité était désormais à l’ordre du jour et portait sur le secteur social, les infrastructures économiques, la consommation. Il suffit de rappeler la dépendance accrue de l’économie algérienne vis-à-vis de l’extérieur : 60 % des besoins en céréales, la quasi-totalité des biens d’équipement, plus de la moitié des semi-produits nécessaires à l’industrie, la construction des ¾ des logements par des entreprises étrangères. La réponse du pouvoir d’alors ? Le réaménagement du rôle du secteur privé présent surtout dans le commerce, l’agro-alimentaire, le tourisme, la confection, les chaussures…

Par ailleurs, l’austérité étant alors à l’ordre du jour a touché les citoyens dans les domaines suivants : diminution de l’allocation touristique, taxation des bagages à l’entrée du territoire, coupures d’eau, pénuries en tous genres, rareté des transports en commun… D’évidence, il y avait là de quoi inquiéter le régime lorsqu’on sait qu’ «en pourcentage, la baisse des revenus algériens est estimée par certains experts financiers à 45 % pour le gaz et entre 28 et 45 % pour le pétrole» (5). De surcroît, en 1986, le service de la dette (estimé alors à 20 milliards de dollars) était de 50 % des revenus pétroliers ; ce, à un moment où pointait la crise agricole. Depuis, les années 70 déjà, la consommation nationale est dépendante en céréales, produits laitiers, matières grasses et sucre.

«Cercle présidentiel» et « capitalisme aveugle »

La chute brutale des recettes des hydrocarbures accentua à coup sûr la situation déjà inquiétante. C’est ainsi qu’après octobre 88, le congrès extraordinaire du FLN, tenu en novembre 89, a montré les lézardes du pouvoir politique, dans la mesure où «le cercle présidentiel» technocratisé et composé de «réformateurs» n’avait trouvé l’alliance qu’avec un noyau dans la direction du FLN. D’anciens cadres dirigeants de ce même parti réclamèrent la démission de Chadli Bendjedid. L’idée de l’avènement d’un parti fort, structuré autour du FLN et rattaché à ce «cercle présidentiel», ne put s’enraciner en vue de «barrer la route» au FIS, nouveau parti dominant, eu égard à l’émiettement des autres partis qui se réclamaient de la démocratie.

Par ailleurs, quelques mois après l’adoption de la loi sur la libéralisation des investissements privés nationaux ou étrangers et celle de la monnaie et du crédit, la cote de confiance de l’Algérie auprès des banques internationales ne s’est pas modifiée de façon notable. Les principales dispositions de cette dernière consacrent l’extraversion de l’économie nationale, l’organisation de l’ouverture du commerce extérieur aux firmes étrangères et la consécration juridique de l’autonomie de la Banque centrale vis-à-vis du Gouvernement; d’où le risque de bicéphalisme de la politique monétaire et financière du pays. Alors que la situation était plutôt considérée comme négative, l’Algérie continuait d’emprunter.
Ainsi, on constate que la nouvelle stratégie économique du pouvoir se révèle de type monétariste : autonomie à l’entreprise publique, non fixation administrative des prix, introduction de la concurrence dans le secteur public, restauration du commerce du gros (à caractère marchand), réforme bancaire et création d’une bourse, suppression du monopole d’Etat sur le commerce extérieur, accueil des investissements étrangers, adaptation du taux de change et convertibilité de la monnaie. Or, «ce type de réforme visant à surmonter des déséquilibres réels, physiques par des politiques monétaires et financières, a partout échoué» (6).

On observe cet échec à un double niveau : l’inefficacité de l’appareil de production et la persistance de déséquilibres macro-économiques. Parmi les causes de l’échec, M. Hocine Bénissad, ex-ministre de l’économie relève le postulat idéologique de la prééminence de la propriété collective des moyens de production, la tardiveté de certaines mesures; ainsi, la réintroduction de la responsabilité de la Banque centrale, de la politique du crédit et de la monnaie, l’évolution négative de comptes extérieurs, la non-maîtrise des concepts inhérents à l’économie de marché. En conséquence, il y a lieu de conclure à «la pseudo libéralisation du commerce import-export… (qui) est l’antichambre d’un capitalisme aveugle… A l’exception d’une minorité privilégiée par l’argent ou ses articulations avec le pouvoir, les masses sont vouées à une paupérisation plus forte sous l’empire de la «fausse» ouverture qui se déroule présentement», tant il est vrai que : «la réforme économique exige que soient déployées de manière cohérente, pragmatique et rapide les instruments de gestion macro-économique» (7).
Même Brahimi, ex-premier ministre de Bendjedid a pu évoquer un «système anti-valeurs basé sur le favoritisme, l’esprit de clan, la corruption et l’enrichissement illicite avec la constitution de fortunes colossales et un mode de vie arrogant pour les masses populaires qui supportent le fardeau de l’austérité et de l’inflation» (8); ainsi, les citoyens éprouvaient «un sentiment d’injustice permanente». Simplement, fallait-il être hors du gouvernement pour jeter comme un pavé dans la mare l’affaire des fameux «26 milliards» que «messieurs 10 %» auraient touchés à l’étranger ?

Vicissitudes du quotidien et état de siège

A cette situation, par trop alarmiste, viennent s’ajouter les vicissitudes du quotidien. Les denrées alimentaires, ainsi que les produits industriels, de l’électroménager aux matériaux de construction, en passant par les cigarettes pour l’année 1991 oscillent entre 50 à 200 %. Le projet du pouvoir en place a longtemps entendu restituer à la monnaie nationale sa valeur réelle (en fait, alignement du taux de change et du marché dit parallèle) et libérer les prix à la consommation. Ainsi, la hausse des cours du pétrole durant la guerre du Golfe qui s’est traduite par un supplément de recettes d’exportation – trois milliards de dollars – en 1990, ne pouvait faire illusion alors que les recettes hors hydrocarbures n’auraient pas dépassé quatre cent millions de dollars.

Le «libéralisme spécifique» (sauvage ? Aveugle ?) du règne de Bendjedid camoufle mal la volonté d’appropriation de la principale rente énergétique du pays par la haute hiérarchie du complexe militaro-bureaucratique constituée en technostructure gouvernante qui se révèle toujours être un pouvoir illégitime, issue de coups d’Etat successifs. Toujours est-il que ce pouvoir était aux abois sous les coups de boutoir d’Octobre 88, les difficultés économiques grandissantes et le manque d’imagination conjuguée aux dissensions internes des divers appareils. La suite est connue ; suite aux élections locales et législatives (premier tour), le processus électoral fut suspendu. L’état de siège fut décrété le 5 juin 1991 et s’analyse comme l’octroi aux autorités militaires des pouvoirs de police; ainsi, opérer ou faire opérer des perquisitions de jour comme de nuit, interdire des publications et des réunions, restreindre ou interdire la circulation des personnes, interdire les grèves, prononcer des réquisitions de personnels, suspendre l’activité des partis…

Dans ce contexte, nonobstant l’arrêt du processus électoral, le FIS se fit fort de réclamer la levée immédiate du couvre-feu et l’abrogation de l’état de siège, la réintégration des travailleurs licenciés suite à la grève générale lancée par lui, la libération de ses militants et l’arrêt des poursuites judiciaires engagées à leur encontre. En réponse, Ghozali releva alors que les islamistes «ne craignent pas d’exploiter la misère des gens, la marginalisation et la détresse des gens», ajoutant que : «L’armée est là pour défendre la sécurité des citoyens, protéger les institutions et préserver les chances de la démocratie qui a été menacée» (9). Depuis, il évoque « l’armée politique » et « les harkis du système ».
Bendjedid démissionna (destitué par la haute hiérarchie militaire ?) de son poste de président. A son corps défendant, il déclara aux envoyés spéciaux du «Financial Times» : «Nous voulions une vraie démocratie, non une démocratie de façade» (10). Il crut devoir ajouter : «Parmi les aspects positifs de cette phase, il faut relever que les droits de l’homme se sont imposés, que la liberté d’expression a fait des progrès remarquables, que la séparation des pouvoirs devient, jour après jour, une réalité concrète et que la transparence caractérise, de plus en plus, le discours et l’action» ! Sur un autre registre, il mentionna que : «L’armée nationale populaire qui s’est rapidement adaptée au nouvel ordre constitutionnel et qui a récemment prouvé son attachement à la légalité constitutionnelle et aux valeurs républicaines» (11)…
Après maintes tergiversations, le pouvoir décida la création du Haut Comité d’Etat (HCE) dont Boudiaf prit la tête, après qu’il fut rappelé de son long exil marocain (pour être assassiné en direct sous nos regards impuissants et désormais définitivement désabusés). Ce ne fut là sans doute qu’un intermède dans la bataille pour le pouvoir, noeud gordien de la problématique algérienne où la question de la légitimité occupe la position centrale.

 4-L’Algérie de Boudiaf

Réduit à sa plus simple expression, le projet de Boudiaf se présente comme suit : restauration de l’autorité de l’Etat, rupture radicale avec les hommes et les pratiques de l’ancien système, prise en charge des problèmes sociaux les plus aigus et espoir à redonner aux jeunes. Ce programme est plus que jamais d’actualité, notamment en ce qui concerne l’ancien système et les jeunes. Dans un discours à la nation, le 10 février 1992, il annonça l’instauration de l’état d’urgence, après avoir pris la décision de geler les activités du FIS. Pour lui, « L’Algérie se remettra au travail. C’est un véritable défi, un véritable combat ». Son thème de prédilection –la corruption- (qui lui coûta la vie) s’afficha : « Notre crédibilité dépend de notre lutte contre la corruption » (1).

Le 22 avril 1992, il installa le Conseil consultatif national (CCN) –sorte de mini- parlement, non élu. A cet égard, il fixa les cinq principes de la lutte anti-corruption : « Le peuple a raison de demander des comptes (…). Il a droit de savoir. Nous avons promis d’ouvrir des dossiers et nous tiendrons parole. Personne ne pourra se servir de moi pour se venger ou régler des comptes. Les dossiers des biens mal acquis seront traités dans un cadre légal avec les moyens de la justice. Toutes les précautions seront prises (…) pour en finir une fois pour toutes avec ces pratiques. Je suis favorable à la mise en place d’une commission d’enquête pour l’étude de certains dossiers de corruption » (2).

Aussi, face à la triple crise (morale et intellectuelle, politique et économique), Boudiaf a préconisé (3) : la transition vers une économie de marché véritable, libérant les initiatives des citoyens et l’esprit d’entreprise ; la restauration de l’autorité de l’Etat ; la persistance de la présence de l’Etat dans certains secteurs stratégiques ; la relance de l’agriculture qui est une priorité et la réalisation de plus de justice sociale et de solidarité.

Pour ce faire, il y a lieu d’adopter « une attitude pragmatique et refuser les idéologies ». Ainsi, s’expliquant sur son retour, il indiqua : « J’ai accepté de revenir en Algérie parce que j’ai senti qu’il était de mon devoir de revenir avec la conviction que ma présence pouvait apporter un élément nouveau qui permettrait à ce pays de se dégager de la situation dans laquelle il vit depuis ces dernières années ».

A l’observation, « votre seule force est l’armée », il répondit : « C’est faux. Si l’armée a fait appel à Boudiaf, c’est parce qu’elle a senti le devoir appel à un homme qui est resté en dehors du système » (4).

De même, il pensait que la démocratie « signifie le choix du peuple en matière de choix politiques clairs. Il faut que les prétendants à un rôle politique avancent des programmes politiques, une vision politique, un projet de société, une société moderne… Le bon musulman que je suis s’inscrit en conformité avec l’Islam qui est d’essence progressiste, tolérant et moderne » (5).

A cet égard, dans le projet de plate-forme pour « le rassemblement patriotique », le mot d’ordre retenu fut « L’Algérie avant tout ». Ce projet indique que ce rassemblement n’est pas un parti, encore moins un parti unique ; il « ne sera pas le résultat de compromis opportunistes ou de marchandages politiciens » ; d’où l’idée de « rupture radicale » et l’ « élaboration d’une stratégie à long terme au service d’une ambition nationale » (6).

Dans un « Appel » au nom du RPN « Rassemblement Patriotique National », Boudiaf a parlé d’un projet dont les axes sont : Une démocratie pluraliste » avec comme corollaires l’Etat de droit, le multipartisme, l’alternance et « l’assainissement des moeurs politiques, une économie moderne » (et non plus une économie de rente) qui passe par les catégories du marché et du travail et une société solidaire » qui combat les injustices et répond aux problèmes du logement et le chômage (7).

Ainsi, décrit comme un « Saint Juste national, idéaliste, inflexible, radical » (8), avec un franc-parler, un esprit de décision et une volonté de rupture radicale, il fut assassiné le 29 juin 1992 à Annaba. A ce sujet, une commission fut instituée afin de faire la lumière sur les circonstances de cet assassinat.

Après avoir identifié l’auteur de l’assassinat comme étant un élément de la Sécurité (en l’espèce, le sous-lieutenant Boumarafi Lembarek, cadet de la Révolution s’il en fut), les commanditaires restent à découvrir puisqu’on s’est orienté vers « la piste de la mafia militaro-politico-financière » (9). Force est de constater que ladite commission n’a fourni aucun résultat probant.

En tout état de cause, après avoir été adopté par la rue qui le baptisa affectueusement tour à tour Ramsès II et Lee Van Cliff, il fut salué comme « le représentant le plus typique du nationalisme radical algérien » (10). L’un de ses compagnons « historiques », Hocine Aït Ahmed, a pu dire : « Je pense que le retour de Boudiaf est une bonne chose. Mais qu’une hirondelle ne fait pas le printemps dans un pays où il y a tant de faucons » (11). De même, Mostefa Lacheraf a pu dire de lui : « Les critiques envisagées dans le projet de Boudiaf ne pouvaient satisfaire ni le pouvoir succédant au grand disparu, ni les groupes politico-religieux » (12).

Khaled Nezzar, Général-major à la retraite et ancien ministre de la Défense nationale, après avoir fait état de « ses convictions évidentes, son courage lucide et la simplicité de ses rapports », il indique que : « Son étonnante capacité de travail et son sens moral de la vie politique, se confondant chez lui avec la morale de tous les jours, lui valut outre le respect et la collaboration loyale des membres du Haut Comité d’Etat, la confiance d’un grand nombre d’institutions publiques, de représentants de la société civile et de certains leaders de la classe politique » (« El Watan » du 15/05/1996). Qui doit-on croire ?

 5- L’Algérie de Kafi

Après l’assassinat de Boudiaf, il y eut un intermède. Le HCE (Haut Comité d’Etat) eut à sa tête Ali Kafi qui succéda au défunt Boudiaf. Il a été Secrétaire général de l’Organisation national des Moudjahiddines (ONM). Sa présidence se déroula dans une grande fièvre nationale et des tensions sociales caractérisées par l’apparition du terrorisme quasi-généralisé, quoique circonscrit par moments dans le centre du pays.

Pendant une année et demie, soit de juillet 1992 à décembre 1993, l’Algérie a vécu au rythme des assassinats d’intellectuels (écrivains, journalistes, scientifiques…), des attentats réussis ou manqués, de tueries d’agents de sécurité (police, gendarmerie, armée) et d’internements dans des camps dans le sud du pays, d’éléments appartenant -ou présumés appartenir- au FIS. Cette frénésie du sang que l’on ne peut que qualifier de folie furieuse est, tour à tour, attribuée aux islamistes (notamment ceux armés et rebelles à une solution politique de la crise algérienne) et aux services de sécurité, considérés par certains comme un rempart des privilégiés du système et désignés sous le vocable désormais célèbre utilisé par feu Boudiaf, celui de « mafia politico-financière ».

L’analyse de cette période semble montrer l’existence des “partisans du dialogue” avec le FIS qui estime avoir été spolié de sa victoire et des “éradicateurs” qui prônent l’extermination des islamistes armés. En toute vraisemblance, l’Algérie aurait pu faire l’économie d’une situation dramatique s’il avait été tenu compte de bien de signaux de détresse émis par la société, pourtant tangibles et qu’aucun rapport de synthèse officiel ne saurait camoufler. Ainsi, dans un texte proposé pour publication à l’hebdomadaire “Algérie actualité” en 1986 et paru en … 1993 (! ?), Djilali Liabès qui fut ministre de l’enseignement supérieur et l’une des victimes de cette tragédie, écrivit : “Notre système institutionnel et politique totalement archaïque risquerait d’être balayé par une tempête sociale…Ce système politique a fonctionné sur la base d’un système de légitimation devenu à présent obsolète” (1).

Il est vrai, comme le souligne feu Mostefa Lacheraf, que : “On s’obstine à relancer sur le marché politique les vieilles élites corrompues, usées et discréditées” (2). Pourtant, une autre victime de la répression sauvage qui s’est abattue sur l’intelligentsia algérienne, M’Hamed Boukhobza, le dit sans ambages : “Valoriser les élites ne signifie, en aucune manière, constituer une nouvelle catégorie sociale de privilégiés. Il s’agit de créer les conditions pour encourager la production intellectuelle”. Et de prévoir : “Ou bien l’Etat sera au service des féodalités en place… Ou bien, seconde alternative, l’Etat est effectivement puissant par sa capacité de pilotage d’un développement généralisé” (3).

De même, Leïla Aslaoui, dont l’époux fut l’une des victimes de la folie furieuse exposée plus haut, pense que des quatre gouvernements qui se sont succédé depuis 1989 : “Ce sont des hommes qui ont été choisi dans le même sérail et qui ont appartenu et qui appartiennent au même système… Le choix des hommes ne doit plus obéir aux notions de sérail, de système, de népotisme, de “coups de coeur” (4), au moment même où à l’INESG (Institut National d’études de Stratégie Globale), Djilali Liabès –alors D.G de cette institution- disait : “Les experts (de l’INESG) sont appelés à élaborer une véritable dynamique de la rupture… un véritable rapport sur l’état de la nation (…). Nous aspirons à une insertion style Corée du Sud, Singapour, par la matière grise, le savoir-faire” (5).

Hélas, la pratique politique suivie par le pouvoir demeure tributaire des réflexes de l’ancien système, même si le discours tente d’afficher le contraire. Ainsi, dans son allocution à la nation, Ali Kafi évoqua une période de transition en vue de la “normalisation de la vie politique nationale”. Par ailleurs, il indiqua qu’il s’agit de “se dégager progressivement de la gestion administrative et bureaucratique de l’économie” et “aller d’une manière organisée vers l’économie de marché” (6).

Ce discours annonçait quelque peu la démarche entreprise par le pouvoir -en tout cas celle du HCE- en vue d’aboutir à ce qu’il a appelé le “consensus national sur la période de transition” (7). On peut relever que cette dernière “sera caractérisée par l’élargissement du conseil constitutionnel aux différentes sensibilités politiques et au mouvement associatif”, prenant soin d’indiquer que parmi les principes fondamentaux figure celui d’ “une société musulmane développée, ouverte sur la modernité”.

Selon lui, il existe dans la société algérienne trois types de monopoles : politique (absence d’alternance), idéologique (l’idéologie au pouvoir) et économique (l’Etat comme agent principal de l’économie). Il parla de “projet national rénové” et de “poursuivre la tâche d’édification nationale”. Néanmoins, pour le HCE, la rupture ne signifie pas rupture d’avec “les constantes nationales, ni avec l’identité algérienne dans ses composantes musulmane, arabe et amazighe”. Il évoqua l’Etat de droit “avec autonomie de la fonction institutionnelle”.

En matière économique, il y a lieu de noter que le document précité parle d’ “économie de marché” et non plus d’ “économie administrée”. Mais qu’est-ce-à-dire “à concertation sociale” (?), d’autant plus qu’il évoque un nouveau modèle de développement qui permettrait la relance de l’industrialisation “sur la base de restructurations socialement douloureuses, mais inévitables”, une nouvelle place étant réservée aux hydrocarbures considérées comme une “locomotive de la restructuration industrielle et de la nouvelle insertion de l’Algérie à la division internationale du travail”.

La période de transition devait s’achever en décembre 93 et permettre la réhabilitation et le renforcement de l’Etat avec des “réformes structurelles de l’économie nationale”. Il n’en fut rien. Hésitations et tergiversations ont caractérisé cette période de transition, durant laquelle l’organisation du pouvoir prévue fut la suivante : une instance présidentielle : présidence collégiale, un conseil consultatif national où siégeraient des représentants de l’Etat, des partis politiques, des organisations économiques et sociales et du mouvement associatif national, un gouvernement de transition “composé de ministres compétents et militants de l’intérêt national”.

A côté de ces instances politiques, furent prévues des structures permanentes : une structure consultative sur les questions propres à l’Islam, un conseil économique et social, une structure de concertation sur les problèmes des jeunes et un conseil supérieur de l’éducation.

Force est de constater que ce programme ne fut plus à l’ordre du jour à la fin du « mandat » du HCE consenti par le pouvoir. Aussi, ce dernier mit en place une « commission du dialogue national » qui se chargea de rédiger un « Avant-projet de plate-forme portant consensus national sur la période de transition ».

Force également est de constater que le pouvoir a renoué avec le chartisme comme mode d’élaboration de la doctrine politique algérienne. Ainsi, dans le préambule, il a évoqué le nationalisme algérien qui a puisé “sa vitalité dans l’islam et le patriotisme populaire”, soulignant que “La revendication de la démocratie est au coeur même du nationalisme algérien”. Cet avant-projet évoque aussi les valeurs du Premier novembre, ainsi que la rupture “avec tout ce qui éloigne le peuple de l’Etat équitable et démocratique”. De la pure logomachie.

Parmi les objectifs de la transition figurant ceux politiques (poursuivre et étendre le dialogue, réhabiliter et renforcer l’Etat, préparer les conditions permettant le retour au processus électoral); économiques (assurer une gestion saine de l’économie, poursuivre et approfondir les réformes structurelles de l’économie); sociaux (promouvoir l’habitat, élaborer une politique en faveur de la jeunesse); sécuritaires (ramener la paix civile par la poursuite de la lutte contre le terrorisme)…

Mais, une fois de plus, pour autant qu’ils soient ceux attendus par les Algériens, que de projets réduits à l’état de purs et simples vocables, sans emprise aucune sur le réel et le vécu de ceux-ci. Comment dès lors s’étonner que l’Algérie vive encore, désormais de façon cyclique, des spasmes à l’échelle sociale.

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